Récapitulons : le taux de chômage des moins de 25 ans en Belgique est de 23%. Il culmine à 30% en Wallonie et à 35% à Bruxelles. Catastrophique, donc. Mais pas nouveau, loin de là.

Toutefois, à la faveur de la densification du trafic sur l’autoroute électorale, le sujet redevient « tendance ». Plusieurs partis ont ainsi sorti leurs propositions-miracles pour relancer l’emploi des jeunes.

Du « contrat de travail jeunes » (ou « contrat d’insertion ») aux différents plans de réductions des cotisations sociales en passant par les stages, les propositions dévoilées dans la presse sont diverses et variées mais, de prime- abord, ne sont peut-être pas si formidables ou originales que ce que prétendent les différentes formations politiques, en plein lancement de campagne électorale. Aussi, bien qu’il soit utile d’en obtenir une présentation plus détaillée pour les évaluer en profondeur, les Jeunes FGTB ont d’ores et déjà quelques remarques à formuler.

Tout d’abord, il convient de rappeler que les cotisations sociales sont du salaire socialisé, qui est censé retourner à la collectivité par le biais de la sécurité sociale. Exempter les employeurs de payer les cotisations équivaut en réalité à priver les travailleurs d’une partie de leur rémunération. La moindre des choses, dans ce cadre, est donc de donner une explication rationnelle à la nécessité de pratiquer un tel sacrifice, or, force est de constater que les justifications manquent.

Nous pouvons bien entendu choisir de croire le mantra néolibéral « Les employeurs travaillent pour l’intérêt général, tandis que les méchants chômeurs et les travailleurs surpayés ne visent que leur petit intérêt privé en se délassant ». Nous pouvons également imaginer que, de manière mécanique, le jour où il n’y aura plus de cotisations sociales, nous reviendrons au plein emploi. Nous pouvons aussi serrer les dents en attendant « la reprise » et nous dire que d’exclure les jeunes de leurs allocations est un mal nécessaire pour payer les actionnaires. Mais nous avons plutôt choisi de nous baser sur des faits.

Rappelons d’emblée que la réduction des cotisations sociales, voire la suppression de celles-ci pour une période déterminée, ne crée pas automatiquement des emplois. Elle entraîne, en revanche, d’autres conséquences automatiques : une concurrence accrue entre (jeunes) travailleurs, un sérieux manque à gagner pour la Sécurité sociale, ainsi qu’une diminution des coûts pour l’employeur (et, de fait, une augmentation de ses bénéfices non conditionnée à des créations d’emploi).

Les propositions des différents partis restent dans la veine de ce qui est présenté comme la panacée depuis une bonne vingtaine d’années. Nous avons en effet assisté, sur cette période, à un développement continu des mécanismes et montants des avantages, bonus et autres réductions sur les salaires en faveur des employeurs. Si ces montants dépassaient déjà le milliard d’euros en 1996, ils s’établissent aux environs des 10 milliards d’euros en 2012. Ceci pour un bilan pour le moins médiocre puisque que le taux d’emploi des secteurs les plus utilisateurs de ces réductions (parmi ceux-ci l’industrie manufacturière, la construction, les assurances et les finances) n’a cru, en moyenne, que d’à peine 1% en 6 ans.

Nous n’établirons pas de lien de causalité mécanique entre l’augmentation exponentielle des réductions de cotisations sociales pour les employeurs au cours des 15 dernières années et la montée dramatique du taux chômage au cours de la même période.

Mais le constat que nous pouvons en tirer est clair : ces réductions ne sont pas davantage efficaces que les intérêts notionnels pour régler le problème d’un taux de chômage structurel élevé et du manque d’emplois disponibles.

Pour le reste, si l’on peut prêter au melting-pot des mesures proposées une utilité très passagère et partielle pour les jeunes demandeurs d’emploi (en terme d’acquisition d’une première expérience professionnelle, par exemple), force est de constater qu’aucune ne semble particulièrement visionnaire. Car, que ces propositions soient effectivement orientées vers la santé bilantaire de l’employeur, qu’elles favorisent nécessairement les effets d’aubaine ou ne reviennent qu’à proposer un énième statut précaire financé en partie par la collectivité, leurs effets ne se résumeront, au mieux, qu’à une retouche temporaire et cosmétique du taux de chômage des jeunes.

Pour quelle raison ? Parce que les partis politiques ne cessent d’utiliser la vieille recette de l’employabilité les jeunes pour remédier au chômage. Ils ne voient la responsabilité de chômage qu’à travers le jeune lui-même, trop cher, trop peu qualifié, inexpérimenté, pas assez beau, pas assez blond,… C’est là-dessus, sur la dévalorisation des jeunes qu’ils mènent leur campagne alors qu’en 2012, le ratio d’emplois disponibles par demandeurs d’emplois était de 1/41 en Wallonie et de 1/23 à Bruxelles[1]! Culotté tout de même non ?

Alors, représentants politiques de tout bord, si vous ne voulez pas faire de vaines promesses électorales en proposant des solutions inappropriées, tournez-vous davantage vers la création d’emplois. Celle-là même qui passe nécessairement par une plus forte responsabilisation des employeurs en conditionnant chaque subvention à des emplois stables (CDI) et de qualité, par une réduction collective du temps de travail (avec maintien des salaires et embauche compensatoire) et par la création d’emplois publics en y améliorant les conditions de travail (dans les services publics, les soins aux personnes dépendantes, dans l’accueil des enfants, dans les métiers durables, dans l’économie d’énergie,…). C’est là que se situent les solutions au manque d’emplois disponibles pour les jeunes et moins jeunes.

Contact :

SCIACCHITANO Angela

Secrétariat Général des Jeunes FGTB – Coordinatrice

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