Paroles de militant (Jeunes FGTB Verviers)

2018-02-25_humanwave-8

Human wave of solidarity by krasnyi collective

Étouffée et tuée par la police lors de son expulsion. C’était il y a presque 20 ans. Je vous invite à lire la page wikipédia consacré à Semira Adamu. C’est une piqure de rappel édifiante.

L’émotion dans les jours qui ont suivi sa mort a été forte, les expulsions ont même été suspendues (tiens ça me rappelle quelque chose) et le ministre de l’intérieur a eu la décence de démissionner (là par contre on attend toujours et j’ai rarement vu un ministre qui a l’air d’autant prendre son pied dans son travail. L’affiche d’ECOLO J colle vraiment bien au personnage).

Qu’est-ce qui a changé 20 ans après ?

Rien. C’est même pire, nous sommes habitués à voir des milliers de morts tous les ans en Méditerranée et de temps en temps, une photo (le petit Aylan échoué sur la plage) ou un drame un peu plus grave vient agiter légèrement notre électrocardiogramme plat.

Ce qui est pire aussi, c’est que les thèmes de l’identité, de la sécurité et des réfugiés sont exploités par la droite, qui pour le coup, parvient très bien à réveiller l’électrocardiogramme du petit bourgeois et à transformer des êtres humains en encombrants dont il faudrait se débarrasser. Cette législature, la NVA ne fera pas d’institutionnel (pas ouvertement en tout cas), mais que son électorat se rassure, c’est open bar sur le sécuritaire et l’identitaire. Le MR, lui, remue la queue au bout de sa laisse. Même Merkel aura su se montrer un minimum humaine.

Ainsi, si la Méditerranée est le tombeau de notre dignité, elle est aussi celui d’un certain projet de société. Celui dans lequel Semira aurait vécu heureuse et libre en Belgique. Une société qui ne serait pas basée sur la peur des étrangers et de l’autre, mais sur un sentiment d’humanité partagée.

Enfin, il vient un moment où on ne distingue plus le pire du pire du pire du pire… C’est quand ces thèmes de l’identité, et de la sécurité ne servent pas seulement à faire peur, mais également à faire diversion. Vous savez bien, ces pseudos problèmes sur le voile, le burkini, les émeutes…

Les sujets de sociétés et les questions idéologiques passent au second plan (redistribution des richesses, écologie, pension, lutte des classes, aliénation…).

Et la question « quelle société voulons-nous ? » n’est toujours pas posée. Une société plus humaine, dans laquelle la solidarité, la justice et la coopération sont le moteur des relations sociales, en lieu et place de la concurrence et de la loi du plus fort sur le plus faible.

Tout le débat actuel sur les « visites domiciliaires » (ou perquisitions) participe de ce triangle. Peur, diversion et mort.

Le gouvernement se retranche derrière une nécessaire application de la loi. C’est particulièrement cynique de voir Didier Reynders venir défendre cet argument, lui qui n’a eu de cesse d’aider les plus nantis à esquiver la loi quand il s’agissait de payer leurs impôts.

Et ce n’est plus cynique mais révoltant quand l’application de la loi, ce sont des Trump, Francken et Orban qui sont chargés de la faire. Le rôle des pompiers pyromane leur va si bien. (Quand il s’agit de vendre des armes, l’argent n’a pas d’odeur)

Du coup, heureusement que des citoyens se révoltent. Si on prend un peu de recul, c’est la même bataille qui a été menée par les militants des droits civiques, des minorités, des femmes, des classes populaires… J’espère que nous tiendrons bon et que l’histoire des mouvements sociaux pourra revendiquer une autre victoire.

Si Semira n’avait pas été tuée, qui serait-elle ? Et quel genre de société aurait-elle voulu ? Quel genre de monde ?

Moi j’aurais aimé l’entendre chanter.