Un projet de société de gauche

La FGTB a la volonté de transformer radicalement la société : elle fonde son action sur une déclaration de principes. L’idéal syndical proclamé par cette déclaration solennelle est l’égalité. Les moyens de l’organisation se trouvent dans l’action de ses affiliés et l’indépendance à l’égard des partis politiques est de rigueur, dans le respect des opinions tant politiques que philosophiques. La FGTB y affirme encore que le travail est la source de la production de la richesse. Elle rejette ainsi les privilèges liés à la naissance ou à la fortune et refuse toute démarche corporatiste.

Transformer la société, cela signifie, notamment, modifier la manière dont la répartition des richesses s’opère.

Pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés, la FGTB s’est donné des moyens et a contribué à forger des outils. Outre le suffrage universel, une de ses premières grandes conquêtes, des instruments favorisant une autre distribution des richesses produites ont progressivement été mis en place sous l’impulsion du mouvement syndical et de la FGTB particulièrement.

Il s’agit essentiellement :

  • des instruments fiscaux. Une fiscalité juste (progressive) permet de faire porter l’essentiel de l’effort pour le financement des politiques publiques par ceux qui ont les épaules les plus larges ;
  • un secteur public fort : il est un instrument essentiel de redistribution de richesse grâce à la production de biens collectifs. Il est aussi un outil de régulation de l’économie et de production d’utilité sociale : des services publics performants garantissent l’accès à des biens vitaux (l’enseignement, la mobilité, la communication, l’eau, la santé…) ;
  •  la sécurité sociale. Conçue comme assurance-solidarité, elle garantit chacun qui y cotise contre les risques liés aux aléas de la vie, l’inactivité, la maladie, la vieillesse… ;
  •  la politique de l’emploi. Le travail reste un des plus puissants facteurs d’intégration dans la société. L’essentiel des revenus distribués dépendent de l’emploi (via le salaire ou la sécurité sociale). La FGTB réclame donc une politique visant le plein emploi. Elle reste attentive à la qualité des contrats qui sont proposés (le contrat à durée indéterminée, dont les modalités sont définies au sein des conventions collectives de travail, doit rester la norme). Elle défend évidemment un niveau de rémunération qui permette aux travailleurs de vivre de leur salaire et des conditions de travail décentes ;
  • le développement durable. Conçu comme une approche équilibrée entre les nécessités du développement économique, une justice sociale et la défense de l’environnement, le concept de développement durable est un instrument de solidarité vis-à-vis des générations à venir.

Aujourd’hui ces outils sont menacés par les politiques libérales développées en Belgique au niveau européen et au plan international. Ils le sont également par le triomphe de la pensée unique qui oriente la mondialisation actuelle de l’économie.

Raison pour laquelle la FGTB est présente sur ces terrains de lutte.

Les syndicats en Belgique

La Belgique vit une situation de pluralisme syndical. La Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC), la Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB) et la Confédération Générale des Syndicats Libéraux de Belgique (CGSLB) sont les trois mouvements syndicaux majoritaires en Belgique. Ils ne défendent pas le même projet de société mais il serait simpliste de les identifier au travers d’une famille politique.

En effet, historiquement, la CSC (« les verts ») fonde son approche sur la doctrine sociale de l’Eglise catholique à travers le « Rerum Novarum ». Elle est née de la « Ligue antisocialiste des ouvriers cotonniers ». Avec une implantation massive en Flandre, la CSC est aujourd’hui l’organisation syndicale qui compte le plus de membres (1,5 million).

La CGSLB (« les bleus ») est la plus petite des trois organisations syndicales (300.000 membres en 2004). Elle inscrit son action syndicale dans le libéralisme : elle défend la liberté d’entreprendre, la propriété privée des moyens de production, l’économie de marché, la libre circulation des personnes, du capital, des biens et des services… Même si elle accepte que « l’économie de marché soit corrigée socialement ».

La FGTB  (1,25 million de membres) est en Wallonie le premier syndicat. La FGTB a la volonté de transformer radicalement la société : elle fonde son action sur la « Déclaration de Principes ». L’idéal syndical proclamé par cette déclaration solennelle est l’égalité. Les moyens de l’organisation se trouvent dans l’action de ses affiliés et l’indépendance à l’égard des partis politiques est de rigueur, dans le respect des opinions, tant politiques que philosophiques. La FGTB y affirme encore que le travail est la source de la production des richesses et que donc les travailleurs doivent pouvoir jouir de ces richesses. Elle rejette ainsi les privilèges liés à la naissance ou à la fortune et refuse toute démarche corporatiste.

Quelle histoire!

Des débuts très difficiles :

 Dès le début de son histoire, le peuple belge vit dans un contexte de répression parfois très violente. Il n’y a pas de liberté d’association, surtout si ces associations ont des fins politiques. C’est la répression des droits, des mouvements,…

Le livret ouvrier, qui suivait l’ouvrier dans toute sa vie de travail, garantissait une traçabilité pour les employeurs et permettait donc difficilement aux ouvriers de se constituer en syndicats.

De plus, le catholicisme profond et conservateur qui était idéologiquement très fort à cette époque était un frein important au syndicalisme (si bien que les premières caisses d’entraides servaient par exemple à acheter une icône de Sainte Vierge protectrice).

Enfin, les ouvriers manquaient d’organisation (journée de travail de 16 heures, travail des enfants…) et, comme ils n’avaient aucune protection, étaient responsables de leur situation.

Pourtant, dès 1750 déjà, apparaissent les premières formes de révolte prolétaire : le sabotage des machines. Cette action consistait à glisser un sabot dans le mécanisme en marche des métiers à tisser.

 

La révolution industrielle

 Au début du XIXème siècle, la révolution industrielle bouleverse l’organisation sociale dans son ensemble.

La généralisation progressive du mode de production fait surgir une nouvelle forme de conditions de travail et de vie. Le prolétariat se développe. Cette évolution s’étale sur tout un siècle, à l’aube du royaume de Belgique, les grands établissements industriels sont encore l’exception. Le syndicalisme reste embryonnaire et marginal.

Il faut attendre la fin du XIXème  siècle pour que le mouvement ouvrier s’organise.

1885 : le parti ouvrier belge

 Partout le mouvement ouvrier se développe. Les 5 et 6 avril 1885, un Congrès, dont l’ordre du jour est « l’utilité de réunir en un seul parti toutes les organisations ouvrières du pays », donne naissance au Parti ouvrier Belge (POB). Une revendication est prioritaire : le suffrage universel.

 

Révoltes ouvrières et suffrage universel :

 En 1886, la campagne développée par le POB en faveur du suffrage universel coïncide avec une grave crise sociale. La répression est brutale. Des centaines d’ouvriers sont condamnés. L’organisation du monde ouvrier marque le pas. Il faudra attendre la grève générale de 1893 déclenchée par les mineurs et ses 7 morts pour voir bouger les choses.

Le Parlement vote le suffrage universel tempéré par le vote plural. Aux élections d’octobre 1894, les premiers élus socialistes entrent au Parlement : 28 députés et 2 sénateurs.

 

1914 : la commission syndicale

 Les premiers syndicats sont disparates et ne parviennent pas à s’implanter durablement. Leurs militants sont pourchassés systématiquement par le patronat.

Ainsi, en 1891, à Cockerill, des dizaines de carnets syndicaux sont brûlés dans la cour de l’usine. « Voilà, Messieurs », a pu dire un directeur, « le syndicalisme est réduit en cendres. »

Le POB crée une Commission syndicale, chargée d’unifier les efforts poursuivis dans les différents secteurs. De nouveaux syndicats voient le jour. En 1914, la Commission syndicale regroupe plus de 75.000 travailleurs en Wallonie. Les bases du syndicalisme moderne sont jetées.

L’entre deux-guerres

Le mouvement syndical n’a pas été complètement démantelé pendant la première guerre mondiale. Bon nombre de travailleurs estiment, en outre, qu’après ces années de souffrance, quelque chose leur est dû. Aussi, dès la libération, la Commission syndicale peut se lancer dans une immense campagne de propagande autour de trois thèmes : la journée des huit heures, le salaire minimum et la reconnaissance syndicale. Jusqu’en 1920, le mouvement engrange de nombreuses victoires et voit ses effectifs gonfler. A partir des années 20’, crises et reprises alternent. Avec la crise de 1929-1930, le désarroi gagne l’ensemble de la société. On parle de faillite du système capitaliste et de crise du système parlementaire. En 1933, le Plan de Travail apporte une lueur d’espoir jusqu’aux grèves réussies de 1936. Ensuite la tendance s’inverse de nouveau. En mai 1940, l’activité syndicale rejoint la clandestinité ; la plupart des militants entre dans les rangs de la résistance.

 

1945 : Naissance de la FGTB.

 Au milieu du XIX ème siècle, issus de la révolution industrielle, se développent le capitalisme et, avec lui, la classe ouvrière. Le salaire permet à peine aux travailleurs de reconstituer leur force de travail, les journées longues, le travail pénible. Il n’y a pas de sécurité sociale. Les droits de vote et d’association n’existent pas. La première réaction des ouvriers est de s’entraider : ils constituent des « caisses de secours » pour les chômeurs, les malades, les accidentés.

Ensuite, ils s’organisent pour se défendre sous le slogan « Unis, nous sommes plus forts » ; les travailleurs ont commencé à s’organiser sur le plan syndical : par atelier, par métier et par secteur.

Des syndicats professionnels ont vu progressivement le jour : les cigariers, les tisserands, les chapeliers,… les syndicats naissent ainsi et se multiplient.