Enseignement : c’est l’heure !…

Y a-t-il une étude digne de ce nom pour affirmer que l’intelligence est corrélée au sexe ? à la langue maternelle ? aux origines sociales ? à la situation socioéconomique ?… Non.

La corrélation des résultats scolaires aux origines socioéconomiques est le fruit du système scolaire.  Le système actuel entretient la marchandisation de l’enseignement, la mise en compétition et la division.

Le moment est venu de mettre en chantier une grande réforme, créer une école qui s’occupe de tous les enfants.

Il est l’heure d’amener l’ensemble des jeunes scolarisés à obtenir le diplôme du niveau le plus haut sans baisser le niveau d’exigence des acquis d’apprentissage.

Les Jeunes FGTB souhaitent en outre renforcer l’éducation à la citoyenneté, en y introduisant une initiation aux principes de la sécurité sociale, de la démocratie, de la préservation du bien commun, de la compréhension des enjeux du monde du travail, et du sauvetage de notre planète menacée.

Les enquêtes Pisa ou Mac Kinsey, ne doivent pas à elles seules commander une éducation à échelle internationale, dans une vision purement économique et concurrentielle L’éducation doit garder sa mission première d’appendre à penser, comprendre le monde, par le biais d’un enseignement où se conjugue l’acquisition de savoirs et la nécessaire construction de compétences avec la dimension culturelle, scientifique sportive et technologique que chaque futur citoyen est en droit de recevoir.

Les Jeunes FGTB estiment que l’ingérence des entreprises dans les écoles doit être bannie.

 

Réhabiliter l’enseignement comme pilier d’une société égalitaire

Il est temps d’attaquer le problème à la racine et d’abroger le pacte scolaire, vieux d’un demi-siècle et qui impose à 50 % environ de la population scolaire de choisir un enseignement idéologique qui ne reflète pas la diversité culturelle et philosophique des élèves en FWB.

La concurrence entre réseaux est stérile, génératrice de gaspillages et manque de cohérence et de continuité.

La FGTB wallonne souhaite mettre fin à l’ « excellence » d’une minorité opposée à la relégation de tous les autres grâce à la mise en commun de tous les moyens humains et financiers pour un enseignement de la réussite dans l’obligatoire et le non obligatoire.

Cette réforme exige :

1

Créer un réseau unique, public et pluraliste, respectueux de toutes les convictions philosophiques, et garantir un enseignement non marchandisé

  • Cela effacerait les effets de concurrence entre réseaux qui dénaturent le système scolaire réduit à un quasi-marché au sein duquel des élèves sont traités comme des marchandises selon que leur inscription est souhaitée ou pas par tel ou tel établissement.
  • Un réseau unique permettrait de réaliser des économies d’échelle et d’investir celles-ci pour mieux répondre aux besoins de l’enseignement et du développement économique wallon (au lieu de continuer à financer la concurrence entre réseaux et établissements) ;
  • Un des chantiers à mettre en œuvre pour aboutir à un seul réseau unique, public et pluraliste est la rénovation de la législation et sa refonte en un code unique qui permettra une mobilité étendue des enseignants et un accès plus rapide à la nomination et donc la stabilisation financière des plus jeunes. Un seul et même code supprimerait les lourdeurs administratives tant pour le pouvoir organisateur, la FWB, que pour les directions et faciliterait l’entrée en fonction des enseignants tout en faisant tomber les barrières d’un enseignement volontairement à deux vitesses, facteur d’inégalité et de relégation.

Cette uniformisation ne pourra que profiter aux jeunes  qui fréquentent l’enseignement obligatoire.

  • Nommer un ministre unique pour toutes les matières de l’enseignement, garantissant le caractère public et pluraliste de l’enseignement et surtout la cohérence dans le tronc commun jusque la quatrième et à sa suite, entre les différents choix potentiels de filière.Vivre avec des fonds publics suppose une vision partagée des moyens, des méthodes et objectifs en dehors de tout climat de concurrence ou logique de marché scolaire.

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2

Instaurer une égalité d’apprentissage par la mise en place d’un tronc commun pluridisciplinaire et polytechnique jusqu’à l’actuelle quatrième secondaire :

  • se recentrer sur la maîtrise des savoirs de base et porter leurs exigences à un niveau élevé  et former des citoyens critiques, aptes à comprendre le monde et le transformer, capables d’analyser les choix politiques, sociaux, économiques, culturels… mais aussi technologiques, scientifiques et financiers aujourd’hui imposés. En effet , la maitrise des techniques et technologies permettent de comprendre le monde, les relations de travail, les rapports sociaux et le rapport à l’outil de production de manière à ce que chaque  futur travailleur puisse concevoir et utiliser les moyens de production et donc se les réapproprier dans l’objectif de leur émancipation sociale.
  • uniformiser les programmes et options en vue de constituer ce socle commun d’apprentissage afin de permettre là encore à chaque jeune de trouver, où qu’il se trouve, une offre d’enseignement cohérente et continue, libérée de la logique marchande et de la concurrence stérile imposée par les réseaux.
  • rendre effective la remédiation immédiate de la 3e maternelle, où les difficultés d’apprentissage commencent à se manifester, jusqu’aux études supérieures (particulièrement en 1ère année). Une prise en charge rapide permet de lutter contre le redoublement (méthode globalement inefficace, coûteuse et dévalorisante) et contre les abandons scolaires importants.
  • garantir que les établissements, les filières et les classes soient les plus hétérogènes possibles.
  • Généraliser le système des évaluations externes pratiquées par la FWB en évitant tout classement des établissements.

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3

Réformer la formation initiale des maîtres et régents est un des multiples leviers pour la réforme globale de l’éducation.

En effet, pierre angulaire incontournable des systèmes scolaires qui parviennent à conjuguer haute efficacité et faible inégalité, la réforme de cette formation doit aboutir dans cette prochaine législature.
Pour cela, il convient de :

  • Abolir la hiérarchisation de la formation des enseignants et s’orienter vers des diplômes et barèmes uniques avec des spécialisations différentes.
  • Permettre aux enseignants de terrain de valoriser leur expérience utile ou permettre, via une formation continuée digne de ce nom et débarrassée des contraintes scolaires (congé éducation payé) d’accéder au même barème unique (phasage en parallèle à la réforme de la formation initiale).
  • Apprendre à devenir animateur de groupe, acteur de l’éducation, car avant de devenir prof de math, il convient d’apprendre à devenir prof tout court.
  • Inclure la détection des difficultés d’apprentissage et la remédiation pour surmonter les difficultés, qu’elles soient d’origine :

–  neurologique (dyslexie, dyscalculie, TDA, HP, …)

–  physique (handicap)

–  socioculturelle (difficultés d’accéder à la culture, langue maternelle différente de la langue d’apprentissage) ;

tout en aillant la possibilité de faire gratuitement appel, au sein même des établissements scolaires, à des experts si les difficultés le justifient.

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4

Réaliser la gratuité de l’enseignement obligatoire et non obligatoire car la condition sociale de l’enfant ou du jeunes adulte ne peut en conditionner son accès.

  • Améliorer la mobilité, pour faire face aux inégalités géographiques. Les ramassages scolaires doivent être diversifiés et les abonnements aux transports en commun gratuits pour permettre une mobilité égale et donc un accès égal à une école ouverte à tous.
  • Proposer des cantines scolaires fournissant, à prix modiques, des repas équilibrés.
  • Réviser les critères d’attribution des bourses d’études de l’enseignement obligatoire et non obligatoire en les élargissant, notamment

avec une attribution avec adaptation progressive aux revenus, et non par un système de palier,  Ainsi, la bourse d’étude devrait correspondre à une allocation minimum mensuelle permettant de suivre des études de manière autonome. Le coût réel des études devrait pouvoir être réévalué à intervalle régulier et indexé. A partir du moment où le ménage fiscalement responsable ne dispose pas de suffisamment de revenus pour libérer cette somme et la dédicacer directement à l’étudiant, le système devrait palier à la différence (d’où la création d’un système inversement proportionnel aux revenus). La fiscalité restant le point de départ de l’octroi des bourses, tous les types de revenus du ménage (biens mobiliers et immobiliers) doivent être pris en compte. Le calcul du montant ainsi que l’octroi de la bourse devraient pouvoir se faire automatiquement, sur base des données fiscales, par l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles

par la fin du « double sanctionnement », retirant les bourses aux étudiants qui recommencent leur année et par la fin du critère d’âge qui, de manière discriminatoire, en empêche l’accès aux plus de 35 ans (alors que la reconversion professionnelle est, en ces temps de restructurations massives, parfois une question de survie)

Nous ne pouvons concevoir d’une société moderne que se jeunesse doive emprunter pour pouvoir payer ses études.

  •  Dans le même ordre d’idées, travailler en tant qu’étudiant ne doit ni être une nécessité ou un devoir mais doit rester un choix.  En effet, lorsqu’un étudiant émarge au CPAS, il arrive fréquemment que le CPAS conditionne le Revenu d’intégration sociale (RIS) à un choix d’études que l’assistant social jugera « utile », et ce, sans forcément tenir compte des motivations, capacités ou désirs du jeune (ni même de la qualité de l’emploi potentiellement à viser). Il y a une obligation de réussite pour pouvoir continuer à bénéficier du RIS. Il arrive également que l’étudiant soit contraint par le CPAS de travailler comme jobiste et ce, parfois au péril de son année scolaire.

Réformer enfin l’enseignement qualifiant

Plus que valoriser le qualifiant, il faut le réformer avec courage. Certes, des mesures ont été prises, mais pas à la hauteur des problèmes de fond. Ainsi, il est bien sûr nécessaire de doter le SFMQ des moyens nécessaires pour bien fonctionner, mais le SFMQ ne suffira pas à combattre une relégation… qu’il pourrait en outre aggraver. En effet, en remplissant une des missions qui est de mieux mettre en phase la formation avec les besoins de main d’œuvre, le SFMQ ne doit ni tomber dans le court-termisme ni aggraver la relégation par une multiplication d’options visant à former à des postes de travail plutôt qu’à des métiers. L’éducation doit en effet avoir pour ambition de tirer l’ensemble des élèves vers le plus haut degré de qualification, et ce même en vue de l’acquisition d’un métier.

Les autorités publiques doivent activement veiller à :

  • organiser et réglementer efficacement et sainement l’offre de formation que par ailleurs elles financent.
  • assurer à chaque apprenti une place de stage adaptée à la formation qualifiante qu’il a choisie.
  • En ce qui concerne la Certification par Unité, nous nous prononçons pour une évaluation sérieuse de la phase expérimentale avant tout élargissement. Cette évaluation doit tenir compte des risques potentiellement engendrés en termes de formatage pédagogique, en termes de morcellement des métiers et en termes de précarisation des conditions de travails au sein des secteurs concernés.

La CPU ne peut pas, selon la FGTB wallonne, mener les jeunes vers des sous-diplômes qui précarisent les futurs travailleurs en les cantonnant dans des emplois précaires, sous-payés et dénués de toute perspective d’évolution.

Créer un réel statut pour l’apprenant en alternance

L’accord de coopération cadre concernant la formation en alternance devra aboutir à une simplification du statut de l’apprenant en entreprise, simplification qui devra avant tout permettre de lui garantir des droits sociaux liés à sa condition de travailleur en formation (cadre CNT).

Nous serons vigilants quant à la mise en place d’un réel système de contrôle de la formation qui sera délivrée par le tuteur en entreprise et particulièrement si celle-ci est largement subventionnée par des moyens publics.

En effet, pour légitimer une quelconque intervention des pouvoirs publics (non exclusivement financière), il faut bâtir un partenariat donnant-donnant qui :

  • garantit, de la part de l’employeur, un réel investissement dans la formation spécifique aux besoins du jeune encore inexpérimenté (en ce compris l’infrastructure, le matériel didactique, la sécurité et l’hygiène, l’encadrement et la formation des formateurs) ;
  • qui permet au jeune d’obtenir, par une méthodologie adaptée, une qualification solide, atout indispensable pour une insertion durable et de qualité dans l’emploi.

 

„ Enseignement supérieur : du souffle !

L’approbation récente du décret « paysage » ouvre à présent la voie à un nouveau chantier d’envergure pour l’enseignement supérieur, à savoir la révision de son mode de financement.

Le système d’enveloppe fermée l’étouffe. D’une part, vu l’augmentation du nombre d’étudiants, il entrave un encadrement de qualité. D’autre part, les missions de recherche dévolues au non universitaire le sont sans budget ; celles dévolues à l’universitaire sont sous-financées. Le sous-financement précarise le statut du personnel des écoles supérieures.  A l’heure où l’enseignement supérieur est un moteur de développement économique territorial (c’est une des clés des Pôles), ces choix budgétaires

Les Jeunes FGTB demandent un enseignement supérieur de qualité accessible à tous.

Cela exige :

  • Un refinancement de l’enseignement à hauteur de 7% du PIB dont 2% dédiés à l’enseignement supérieur
  • un refinancement uniquement sur fonds public, à hauteur du nombre d’étudiants, et la fin de « l’enveloppe fermée », pour un enseignement d’émancipation sociale et indépendant des intérêts privés.
  • un accès libre à toutes les filières, sans épreuve sélective d’entrée ou numerus clausus
  • une politique de pilier d’une société égalitaire, notamment par la gratuité, une réforme du système de bourse et le lancement d’un débat sur la création  d’une allocation mensuellepour les étudiants, comme un investissement sur l’avenir.
  • une diminution des coûts indirects  liés aux études, via notamment
  • des investissements publics dans la construction de logements collectifs à loyer social
  • la gratuité du matériel scolaire
  • la gratuité des transports en commun

 

 


[1] Cette demande de régionalisation ne concerne pas l’enseignement en Communauté germanophone.