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Caroline Désir : une heure dans la peau d’une prof… made in McKinsey

Caroline Désir : une heure dans la peau d’une prof… made in McKinsey

05.03.20

Fin février, la page Facebook de « Teach For Belgium » dévoilait avec grande fierté son « Teaching Challenge » du 2 mars. Il consistait à inviter des personnalités pour donner une heure de cours dans une classe de 5ème professionnelle afin qu’elle se mette dans « la peau d’un prof ». La Ministre de l’éducation Caroline Désir (PS) a été annoncée comme partie prenante de cette activité.

A l’heure où la ministre en charge de l’enseignement en Fédération Wallonie Bruxelles prône une revalorisation du métier en allongeant, entre autres solutions, la durée des études donnant accès à la profession, les jeunes FGTB se posent la question du bien fondé de participer à un « challenge » proposé par une ASBL dont le crédo est de former des « supers profs » en un minimum de temps.

Comment la ministre et TFB peuvent-ils prétendre se mettre « dans la peau d’un prof » en à peine une heure de cours ? Une prestation de 50 minutes demande préparation, méthodologie, timing précis, évaluation, recherches de sources et tri, encadrement différencié … Le cursus des futurs enseignants est parsemé de nombreuses semaines de stages non rémunérés, de centaines d’heures de cours de didactique et méthodologie, … que l’étudiant choisisse la formation en école supérieure ou en université. Les Jeunes FGTB voient mal comment un « Teaching Challenge », qui induit l’idée que le métier d’enseignant puisse s’exercer sans formation adéquate, devienne un levier de compréhension des réalités du métier et donne de celui-ci une image redorée.

En tant que défenseurs de l’enseignement public, protégé des intrusions du secteur privé et de la volonté de celui-ci à le voir privatisé en partie ou totalement, les Jeunes FGTB ne peuvent soutenir que la ministre en charge de l’enseignement public puisse faire le jeu d’une ASBL comme « Teach For Belgium », ASBL financée notamment par des acteurs tels que Total, Nestlé, Mondelez International et InBev, … Nous doutons du fait que de telles sociétés soient neutres en proposant leur financement.

Les Jeunes FGTB ont toujours dénoncé, en collaboration avec d’autres acteurs du monde associatif, l’esprit McKinsey qui ressortait du « Pacte pour un Enseignement d’Excellence ». La presse relaie depuis des mois la communication officielle qui affirme que McKinsey n’est plus un acteur de la mise en œuvre du pacte. « Teach For Belgium » compte dans ses présidents et cofondateurs nul autre que Etienne Denoël, Philippe Mauchard et Yves Slachmuylders, respectivement directeur au sein du bureau McKinsey Bruxelles, cofondateur de McKinsey Solutions et spécialiste business au sein de McKinsey. Au vu de cette composition, les Jeunes FGTB s’étonnent de la participation de la ministre Désir, ministre censée défendre la neutralité et le caractère public de notre enseignement.

Il est estimé que 35% des enseignants quittent le métier dans les 5 premières années. Dans son rapport annuel 2019, « Teach For Belgium » affirme que seulement 10% de leurs « diplômés » ont quitté l’enseignement. Ce même rapport annonce avec fierté que 64% de leurs « diplômés » enseignent encore ; il s’agit donc d’un taux de 36% d’abandon, non de 10%, taux moyen de désertion des enseignants issus des filières classiques de formation.

Cet événement qui devait avoir lieu le 2 mars 2020 n’a fait l’objet d’aucun retour ; la ministre socialiste s’est-elle aperçue que l’idée de faire la publicité d’un organisme financé en partie par des fonds privés ne serait pas du goût de tout le monde?

Les Jeunes FGTB demandent que la formation des futurs enseignants et enseignantes reste du domaine de l’enseignement public, que la valorisation du métier passe par une réflexion et un investissement dans les structures publiques et non dans des ASBL ouvrant la porte à des acteurs privés dont certains ne partagent aucunement les valeurs élémentaires défendues par la Fédération Wallonie Bruxelles. L’entrée du privé dans la formation des professeurs est contraire à la philosophie d’un enseignement gratuit, public, de qualité, accessible à toutes et tous ; placer des enseignants formés dans l’écurie McKinsey c’est introduire leur philosophie dans les programmes de l’enseignement obligatoire, c’est former les élèves à la culture de l’entreprise.

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