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Confinement et scolarité : quand le souci pédagogique masque la servitude au modèle économique néolibéral.

Confinement et scolarité : quand le souci pédagogique masque la servitude au modèle économique néolibéral.

15.04.20

L’enseignement supérieur va sans doute voir son année académique prolongée jusqu’au 10 juillet. La Ministre Désir, responsable de l’enseignement obligatoire, déclarait le 25 mars ne pas envisager cette solution pour le primaire et le secondaire ; elle sera recadrée le jour même par le Ministre Président Jeholet qui ne veut voir aucune « exclusive ».

Le 7 avril décision est prise d’annuler les examens de fin d’année si l’école ne reprend pas le 20 avril, ce afin de donner priorité aux apprentissages. Une circulaire de la FWB interdit tout nouvel apprentissage durant le confinement, au contraire de la Flandre qui autorise à présent les nouvelles matières par voie électronique.

Les différentes mesures d’aménagement de l’enseignement obligatoire, discutées et adaptées de semaine en semaine, provoquent l’irritation de certains ténors conservateurs qui voient dans le refus de l’allongement de l’année scolaire et dans celui de donner de nouvelles matières durant le confinement un « nivellement par le bas », voire si l’on en croit une carte blanche d’un élève de rétho à La Libre Belgique une « inaction préjudiciable à l’érudition »[1] … rien que ça !

Les Jeunes FGTB se posent la question de savoir si quelques semaines d’absence de cours, sur un cursus obligatoire de 12 années, sont réellement préjudiciables et causeraient véritablement le sacrifice de toute une génération. Surtout en 2020, dans une méthode d’enseignement qui se pratique par degré, qui voit collaborer primaire et secondaire pour assurer une continuité pédagogique, qui impose aux enseignants un suivi personnalisé de chacun·e de leurs élèves.

Les Jeunes FGTB rappellent que les grandes grèves de 96 ont duré près de 5 mois, provoquant une fin d’année aux sessions lourdement allégées. Aucune prolongation de l’année scolaire. Aucune matière enseignée durant cinq mois que ce soit au niveau de la consolidation ou de celui de nouveaux acquis. Les « Indicateurs de l’enseignement 2011 »[2] démontrent que le redoublement n’a connu aucune hausse significative en raison de ces grèves : syndicats et enseignant·e·s dénoncent, par contre, depuis des conditions de travail qui se sont sensiblement détériorées au détriment de l’apprentissage. Les Jeunes FGTB rappellent que la politique ayant entraîné ce mouvement syndical et la prise de conscience publique a eu pour résultat la suppression de 3000 postes et que l’enseignement est aujourd’hui en situation de pénurie. S’inquiéter d’un retard de 8 semaines dans ces conditions démontre une belle forme d’amnésie ou d’hypocrisie politique.

Donner de nouvelles matières est un facteur accroissant encore une inégalité scolaire qui est parmi les plus fortes du monde. A la lecture des enquêtes PISA, la Belgique francophone est championne dans la formation des élites mais également dans le déterminisme social et pédagogique des élèves qu’elle accueille. Le problème ne semble donc pas être la matière en soi, mais bien l’inégalité d’accès à un enseignement de qualité dans des conditions correctes pour toutes et tous. Que Ben Weyts (ministre NVA de l’enseignement flamand) ne tienne pas compte de ces inégalités ne nous étonne absolument pas : la solidarité n’est pas dans l’ADN de la NVA.

Les élèves de l’enseignement obligatoire, tout comme les étudiant·e·s du supérieur, ne sont pas en congé mais en confinement. Ces jeunes révisent leurs cours par l’intermédiaire de l’envoi d’exercices, de cours en vidéoconférence, … Passé le confinement, élèves et enseignant·e·s auront besoin de leurs vacances tout comme l’ensemble des travailleurs et travailleuses du pays… n’en déplaise aux adeptes de l’économie avant tout.

L’idée de prolonger l’année scolaire est initialement celle de l’économiste Geert Noels. Bénéfique selon lui pour les « enfants » comme pour « l’économie en général ». De quelle économie parle M. Noels ? De celle des travailleurs et travailleuses ayant de longue date planifié leurs vacances ? Du million de personnes en chômage temporaire ? Du secteur du tourisme et de l’horeca, durement touché par le confinement ? De l’économie qui détruit chaque jour un peu plus la planète ? Ou de l’économie des grandes entreprises spécialistes de l’évasion fiscale qui voient leurs bénéfices fondre pour certaines ?

On peut légitimement se poser la question de savoir si derrière l’allongement de l’année scolaire, il n’y a pas une volonté économique de maintenir le plus longtemps possible les enfants à l’école afin d’également maintenir les parents au travail. Par ailleurs, les Jeunes FGTB s’inquiètent de voir combien le souci pédagogique devient politique lorsqu’il touche les enfants des classes privilégiées, mais est vite oublié lorsque la pénurie d’enseignant·e·s dans certaines matières touche de façon structurelle les écoles les plus défavorisées. Les Jeunes FGTB s’inquiètent de voir une supposée préoccupation pédagogique être mise en avant pour des raisons purement économiques.

Cette crise du coronavirus démontre, entre autres choses, qu’au contraire il faut ralentir le rythme. Réfléchir notre rapport à l’économie. Au temps. Au travail. Et bien évidemment à l’enseignement afin que celui-ci cesse d’être un facteur de reproduction sociale, un vivier de futurs travailleurs et travailleus·e·s prêt·e·s à l’emploi.

Si réellement perdre quelques semaines de cours conduit au chaos pédagogique et culturel dans l’enseignement obligatoire, il est plus que temps de réformer celui-ci et autrement que par un Pacte qui prône «un Enseignement d’Excellence » imprégné de l’idéologie d’entreprise se limitant  aux compétences qui serviront celle-ci, qui oublie de miser sur les moyens permettant de développer les capacités critiques et solidaires des jeunes dont nous aurons besoin, notamment, pour sortir de cette crise.

[1] https://www.lalibre.be/debats/opinions/les-recentes-declarations-de-la-ministre-de-l-enseignement-predisent-de-graves-ecueils-dans-le-secondaire-5e8b22f29978e228414e31af?fbclid=IwAR2eZyln0kXrrr_H30MEaOzIXoe3aK5uNUa3PbUYY3MIQyeB0khh4tVwDrY#.Xo4fq_vW7NZ.facebook
[2] http://www.enseignement.be/index.php?page=26464&navi=3253

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