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Migration : affirmer notre solidarité de classe et notre internationalisme

Migration : affirmer notre solidarité de classe et notre internationalisme

15.01.18

Ce texte s’inscrit dans le cadre de la mobilisation du 13 janvier 2018 contre la politique migratoire raciste du gouvernement fédéral et en particulier de Théo Francken. De nombreux commentateurs estiment que les questions migratoires ne sont pas du ressort des syndicats. Nous estimons au contraire que ces politiques discriminatoires visent les travailleurs issus de l’immigration et des pays du Sud et que dès lors, il est du devoir de notre organisation syndicale de se mobiliser contre le racisme d’état et d’affirmer notre indéfectible solidarité de classe et notre internationalisme.

La situation internationale actuelle pousse des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à fuir leur pays et à tenter de refaire leur vie dans un pays sûr. Au niveau mondial, l’immigration représente environ le déplacement de 240 millions de personnes pour 7 milliards d’habitants. Une minorité de ces migrants rejoignent l’Europe, la majorité des mouvements de population à lieu entre pays du Sud, c’est ce qu’on appelle l’immigration « Sud-Sud »[1].

Le drame des personnes qui meurent en Méditerranée tous les jours révèle l’injustice de la politique d’asile européenne. Les mécanismes économiques, qui créent de la précarité dans les pays du Sud et poussent les migrants à quitter leur famille, leur pays, sont les mêmes que ceux que nous pouvons déplorer chez nous : menace de délocalisation et détricotage des acquis sociaux. Le problème n’est donc pas les migrations, mais les politiques économiques qui provoquent l’exploitation de tous les travailleurs.

Dans le contexte actuel de crise économique et de montée de l’extrême droite, la question migratoire fait l’objet d’une instrumentalisation politique. Nous serions confrontés à une crise migratoire majeure qui menacerait notre économie et notre société. Ce discours, porté historiquement par l’extrême droite, a percolé dans l’ensemble du champ politique et est aujourd’hui repris en chœur par l’ensemble des partis.

Pourtant s’il est question d’une crise, il s’agit bien d’une crise de l’accueil des migrants volontairement entretenue par le gouvernement fédéral et en particulier par Théo Francken. Ce dernier à – depuis son entrée en fonction – drastiquement réduit les conditions d’accès à la nationalité belge et entrepris une véritable politique répressive et raciste à l’égard des migrants et des sans-papiers. Francken entretient, par son discours et ses actes, une logique de crise. Ce dernier affirme, à qui veut l’entendre, qu’il ne veut pas d’une « jungle de Calais bruxelloise » refusant ainsi aux migrants l’accueil et les soins dont ils ont pourtant terriblement besoin. Par ses actes et ses paroles, il concourt pourtant à faire de la Belgique une zone de non-droit où les migrants sont livrés à eux-mêmes et à l’arbitraire policier ; définition même de ce qu’est la jungle de Calais.

Depuis plus de 30 ans, l’Europe connait une récession économique quasi continue ponctuée par des crises économiques régulières. La dernière en date, la crise des subprimes de 2008 et les politiques d’austérité qui l’ont suivie, ont conduit des millions d’Européens dans la misère et la précarité. Un tel contexte a permis à l’extrême droite de refaire son apparition et influencer de manière durable le champ politique. Dans des périodes de désordre sociaux et d’instabilité, son discours simpliste et son projet de capitalisme autoritaire peuvent séduire des franges de la bourgeoisie et malheureusement aussi une partie de la classe ouvrière.

Le but de cet article n’est pas de revenir sur le programme économique de l’extrême droite. Disons simplement que tout observateur attentif du fascisme sait que l’extrême droite défend une gestion nationale du capital, qui sert les intérêts des classes dominantes. Pour ce faire, le fascisme entend rassembler patrons et travailleurs (qui ont pourtant des intérêts opposés) au sein d’une même fiction : la nation. Ainsi, la N-VA prétend-elle représenter « l’intérêt général flamand ». Elle part du principe que les intérêts politique, sociaux, économiques de tous les Flamands sont identiques. Niant par la même la lutte des classes qui se joue pourtant au quotidien.

Comme l’affirment Matthieu Gallandier et Sébastien Ibo dans un bouquin qui vient de paraitre[2] : « en termes économiques, en plus de vouloir mettre en place un illusoire capitalisme national, l’objectif est de revaloriser le prolétariat en en excluant une partie, […] Cela se ferait par une discrimination étatique particulière contre les populations d’origine immigrée, que ce soit en termes pénaux, les immigrés étant assimilés à des délinquants, mais aussi économiques. En effet, les programmes de préférence nationale ne sont rien d’autre que le retour de la ségrégation raciale dans la sphère économique ».

Ces caractéristiques trouvent un inquiétant écho dans les politiques menées actuellement par la N-VA. Nous n’affirmons pas que la N-VA est historiquement un parti fasciste. Ce parti ne revendique d’ailleurs pas une filiation explicite avec le fascisme. Il s’agit plutôt d’un parti conservateur bourgeois radicalisé, dont certaines composantes possèdent des similitudes inquiétantes avec le fascisme tant dans le projet que dans la rhétorique qu’ils défendent.

Il existe au sein de la N-VA une certaine porosité avec le fascisme. Lorsque Jan Jambon affirme que « les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons », il banalise le choix fait par une partie du mouvement flamingant de collaborer avec l’occupant nazi. Et lorsqu’il doit s’expliquer, il justifie ses propos en disant que la collaboration était, certes une erreur, mais avant tout une erreur stratégique qui a conduit à l’isolement du mouvement flamand[3].

Quand Théo Franken, Secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et à la Migration, rend hommage en 2014 à Bob Maes, collaborateur nazi et fondateur de la milice d’extrême droite flamande Vlaams Militant Orde ainsi que sénateur de la Volksunie, cartel nationaliste flamand, il envoie un signal fort à l’ensemble de l’extrême droite flamande, prouvant ainsi qu’il existe une continuité entre la NVA et ces mouvements.

Une fois ce lien établi, on saisit mieux le projet migratoire de Théo Francken ou sécuritaire de Jan Jambon ; combattre un ennemi intérieur inventé de toute pièce. Il s’agit en réalité d’écraser une frange du prolétariat : les immigrés et les musulmans, en particulier. Pour citer Gallandier et Ibo, « si une partie des prolétaires (issus de l’immigration) sont indésirables, les exclure serait le moyen de revaloriser économiquement le quotidien des nationaux. Cette proposition économique est la manière qu’a l’extrême droite de s’adresser aux intérêts de classe de ses électeurs. De plus cette proposition d’épuration du prolétariat permet de proposer des changements radicaux, mais sans s’attaquer aux intérêts des classes possédantes ».

En d’autres termes, il ne s’agit pas de s’attaquer au chômage, aux coupes dans la Sécurité sociale, aux baisses de salaires ou au capitalisme de manière générale mais aux pauvres et, en particulier, à ceux qu’on peut « légitimement » stigmatiser par une rhétorique raciste, les immigrés qui profiteraient du système et qui n’apporteraient aucune « valeur ajoutée »[4].

A l’heure où l’extrême droite prétend parler au nom des travailleurs, « du petit peuple », il importe que la classe ouvrière organisée (les syndicats) prenne d’avantage la parole pour ne pas laisser le champ libre à l’extrême droite qui tente d’imposer son hégémonie culturelle.

Chaque travailleur ayant participé à un conflit social sait que ses intérêts sont diamétralement opposés à ceux de son patron. Le capitalisme est basé sur l’exploitation de la force de travail, et rendre cette exploitation nationale ne la fait en aucun cas disparaitre. Comme nous l’affirmons plus haut, l’extrême droite ne prétend pas véritablement s’attaquer au chômage ou aux politiques d’austérité, elle prétend juste que pour améliorer les conditions de vie d’une partie des travailleurs, il est nécessaire d’en exclure une autre partie. Elle ne remet donc pas en cause les inégalités de richesse. Raison pour laquelle le syndicalisme ne peut rester impassible face au fascisme qui défend un programme anti-ouvrier.

D’autre part, cette épée de Damoclès raciste cible non-seulement les sans papiers ou les migrants, mais également les travailleurs « issus de l’immigration » qui sont alors considérés en permanence comme une sous-catégorie de nationaux, perpétuellement en sursis et menacés de déchéance de nationalité au moindre faux pas. Cela permet évidemment de disposer d’une force de travail docile et exploitable à souhait. Le racisme et le capitalisme se cumulent ici pour donner lieu à une forme particulière d’exploitation. Et lorsqu’on prend en compte l’oppression genrée, on se rend compte que les femmes subissent encore plus la précarité.

Ainsi, les travailleurs étrangers ou d’origine étrangère venant de pays hors UE rencontrent de nombreuses difficultés pour trouver un emploi et se trouvent très souvent confinés dans des secteurs précaires, à faible salaire. Les Belges « d’origine » sont, à l’inverse, surreprésentés dans les strates « supérieures » du marché du travail (employés, fonctionnaires, emplois stables, temps plein, rémunération plus élevées…).

Les discriminations institutionnelles permettent donc au patronat d’induire une pression à la baisse sur les conditions de travail et les salaires de l’ensemble de la classe des travailleurs. La mise en concurrence entre les travailleurs se passe, non seulement en Europe, mais également entre le Nord et le Sud. L’égalité des droits économiques et politiques entre les travailleurs est la seule solution pour éviter cette mise en concurrence. Seul un combat syndical solidaire et internationaliste pourra déboucher sur une égalité des droits pour tous.

Depuis 2014, la Belgique est dirigée par une coalition de partis conservateurs et xénophobes. Cette coalition met en place une gestion durcie de l’état : précarisation des travailleurs sécuritaire, racisme, … Il importe aujourd’hui, plus que jamais, de se mobiliser contre l’ensemble des politiques menées par ce gouvernement et de jeter des ponts entre les différentes luttes, parce que oui, ensemble on est plus fort !

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